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La Suicidaire

Oh ! Ma chérie ! La vie n’a plus aucun sens pour moi ! Les hommes ne valent pas la peine d’être aimés. Ils me feront mourir. Tiens, l’hiver dernier, j’étais en Russie : j’ai fait la connaissance d’un homme extraordinaire, une espèce de grand cosaque fort comme un Turc. Tu Vois. Tout de suite, ça été le coup de foudre. J’ai passé des moments merveilleux avec lui : nous dansions des heures entières au son des balalaïkas. Tu l’aurais vu boire d’une traite son litre de Vodka. Quel coffre ! Et puis,.un jour, ce monstre bolchévique m’a laissé tomber pour une danseuse du Bolchoï, Tu imagines un peu. J’étais tellement dégoûtée des hommes et de la vie que j’ai avalé d’une traite un flacon entier de somnifère. Pour tout oublier.

À propos de Russes, je ne t’ai pas montré mes nouvelles bottes. Regarde un peu cette souplesse. Incroyable ! Bien sûr, ça ne vaut pas celles des danseurs du Bolchoï. Tu les achètes où, toi, tes bottes ?

— À Prisunic…

Pour me reposer, je suis allée passer quelques jours en Grèce. Merveilleux. Tu connais le Grèce ? Non ? C’est dommage. Oh ! Là-bas, j’ai rencontré un homme extraordinaire, On aurait dit un Dieu Grec descendu de l’Olympe sur les ailes de Psyché. Il avait des cheveux bouclés d’un blond, mes enfants d’un blond ! J’en suis encore toute retournée.

Nous nous sommes beaucoup aimés. Et puis, un jour, ce monstre m’a laissé tomber pour un berger. Tu imagines un peu. J’étais tellement dégoûtée des hommes et de la vie que je me suis ouvert les veines. Résultat : mon bracelet en diamants est foutu. Il était pourtant superbe. Tu te souviens. Tout le monde m’en faisait des compliments.

À propos de bracelet, il est extra ton collier… tu l’as acheté chez Cartier ?

— Non, à Prisunic.

Pour me consoler, je suis allée visiter l’Amérique. Enfin, Chicago. Parce que New-York, Washington, tout ça, je connaissais déjà. Là-bas, je suis tombée amoureuse d’un homme extraordinaire, une espèce de truand qui avait un charme fou. Il avait tout à fait le physique d’Humphrey Bogart, tu vois, ce côté virilité rentrée. Moi j’aime ça. Il m’a offert un bracelet ce perles pour remplacer celui que j’avais cassé. Oh ! Ce qu’on a pu s’aimer. Mais ce monstre m’a laissé tomber pour une chanteuse de cabaret ! Tu te rends compte ! Alors, dégoûtée des hommes et de la vie, je lui ai pris son révolver et je me suis tiré une balle dans la tête.

Mais dis-moi, il est ravissant ton petit ensemble. Tu l’as acheté chez Cardin ?

— Non, Prisunic.

Pour me changer les idées, je pars à Venise à le fin de la semaine. Je vais peut-être rencontrer enfin l’amour, qui sait. Il paraît que les gondoliers ne manquent pas de charme.

À propos, j’espère que le Grand Canal n’est pas trop profond. Tu comprends, si je me jette dedans par désespoir, je ne voudrais me noyer ; en tous cas juste assez pour le bouche-à-bouche !

Oh ! Il faudra absolument que tu me donnes l’adresse de ton coiffeur.

Tu ne te fais pas coiffer à Prisunic, tout de même !

— Non, non, je vais chez Carita.





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